Conakry plongé dans le noir
Quand tous les guinéens sans aucune distinction se lèvent pour réclamer
l’électricité
Depuis quelques jours, la
capitale guinéenne ne respire pas à plein poumons.
Est-ce une entente globale ou une
réaction tout à fait normale ? L’on ne cesse de se poser cette question.
Du quartier Nongo en passant par Bambéto et Cosa dans la commune de Ratoma
jusqu’à Yimbaya et Boussoura dans la commune de Matoto, les réactions face aux
délestages du courant électrique en cette période hivernale s’intensifient dans
la capitale guinéenne. La dernière manifestation en date est celle du jeudi 01
août au quartier Lambanyi. Cette fois,
les jeunes ont incendié les locaux de la société Electricité de Guinée(EDG) de la zone.
Des pneus et véhicules de service de la société brûlés,
des troncs d’arbre et des pierres remplaçaient pendant près de six heures le
personnel. Quelques temps après le début des manifestations, les forces de
l’ordre débarquent sur le terrain. Débordées par la situation, elles usent de
gaz lacrymogène, et malgré cette réplique, les jeunes semblent être prêt à
aller jusqu’au bout. « Nous ne
quitterons pas ce lieu car nous sommes fatigués de ces coupures ».
Déclare un manifestant. Non loin de là, au petit marché du quartier en question,
la panique s’empare des femmes qui rangent tous leurs condiments. Mabinty est
vendeuse de légumes elle s’écrit en
disant : « Les jeunes ont
raison de réagir face à ce délestage. A cause de ce manque d’électricité, nous
sommes obligés de faire la cuisine tous les jours. Et cela, malgré le coût du
marché».
Comme Mabinty, elles sont
nombreuses à soutenir l’action des jeunes garçons qui sont pour la plus part leurs
propres fils ou ceux de leurs connaissances. « Ce sont des menteurs », lance Mahawa Soumah, une autre
régulière au marché. Poursuivant ses propos elle ajoute : « Ils nous prennent pour des enfants et
d’ailleurs, les autorités n’ont pas notre temps. Ils ont tous des groupes
électrogènes chez eux donc, ils ne vivent pas le même calvaire que nous. Nos
enfants iront jusqu’au bout et ils ont notre soutien ». Au même
moment, du côté des employés de EDG, l’heure
n’est pas aux débats mais à la fuite, par peur d’être identifié par un des
manifestants en fureur contre ces délestages. Abdoulaye est dans cette
catégorie, il a tout de même accepté de parler : « la situation est très compliquée pour nous car nos familles
n’ont pas elles aussi accès à cette denrée ». Mais malheureusement
ajoute t-il, « même la femme la plus
gentille ne donne que ce qu’elle a ».Cet argument de Abdoulaye est
renchérit par celui d’un autre qui s’est exprimé» sous couvert de
l’anonymat : « il est
difficile pour nous de donner du courant à tout le monde à la fois ».
Pendant ce temps, le calme peine
à régner à Conakry et pour les jeunes manifestants, l’idée est claire, ils
estiment que c’est en réagissant ainsi qu’ils vont se faire entendre par les
responsables de la société d’électricité et le gouvernement. Le Gouvernement de
son côté, ne s’est pas encore prononcé sur ces troubles. Ce silence a-t-il sa
raison d’être ? Nul ne peut répondre. Du point de vue de certains, c’est
un manque d’organisation et pour les autres, c’est un refus catégorique.
D’ailleurs, depuis le début de
ces manifestations, la comparaison entre les pouvoirs précédents et l’actuel va
bon train.
Quel paradoxe ? La Guinée
est pourtant qualifiée de château d’eau d’Afrique occidentale. Les populations
peinent à avoir de l’eau et de l’électricité dans les ménages. Les prochains
jours s’annoncent très tendus car après les répliques isolées par quartier,
l’on craint désormais un soulèvement général de l’ensemble des quartiers de
Conakry.
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