A Djilor, la consommation de porc n’est pas
une exclusivité chrétienne, ni une surprise quand ce sont… des musulmans qui
s’adonnent à la vente. Quand un tabou est brisé dans le seul but de survivre,
mais aussi de devenir riche.
Un calme précaire est souvent
perturbé par le mouvement des vagues, et de quelques animaux présents aux
abords du fleuve de Djilor. Souriants et blanchis par le sel de l’eau, torses nus ; des enfants courent dans tous les sens en criant derrière un
ballon rond déchiqueté. Ce sont les premiers individus que l’on aperçoit dans
ce village. Situé dans la région de Fatick, ce hameau a eu l’insigne honneur d’avoir vu naître
Léopold Senghor, le premier président du Sénégal.
Assis sous un baobab,
vêtu d’une chemise blanche, d’un pantalon jean bleu délavé et de chaussures en
cuir ; Djiby Diouf surveille un enclos bien particulier. Une porcherie,
clôturé de bois et de pailles, grouille aux sons 25 porcs, 15 truies et 30
porcins. Jusque là rien d’étonnant. Sauf que l’homme dans son hamac, cigarette
en main, écouteurs aux oreilles, est de confession musulmane. Un commerce qui
fonctionne depuis quatre ans, et qui arrange bien le propriétaire : «Je
passe la moitié de mon temps ici, vu que le village n’est pas grand, je ne me
déplace qu’aux moments de la prière», indique le bonhomme aux dents blanches.
Taille moyenne, teint noir foncé qui
confirme ses origines sérère, cet éleveur bien singulier dit être fier de
retrouver son village natal. Quinquagénaire, Djiby a passé 17 de ses dernières
années à l’étranger qu’il ne regrette
pas d’avoir quitté. De retour depuis 2003, et profitant de cette affection
familiale qui lui manquait tant, il se lance dans le commerce porcin. Marié et
père de trois enfants ; son cadet, avide de l’attention paternel, manipule
une vieille bicyclette en compagnie de son frère ainé en s’écriant «papa
regarde moi». Cette action se déroule non loin du baobab où le «guide», comme
l’on surnommé ces voisins, raconte : « Ici, quand on veut
devenir riche facilement et ne dépendre de personne, il faut se lancer dans la
vente des porcs ».
Très apprécié au
village, ce musulman pratiquant ne se sent nullement concerné par les passages
du Coran qui prohibent l’élevage, la vente
ou la consommation du porc. Il évoque toutefois des raisons financières comme
source de motivation : « J’ai débuté l’activité depuis quatre
ans seulement et je vois déjà les retombées car je vends le mâle à 7000
FCfa ; la femelle à 5000 FCfa ; et les porcins, pour de rares fois à
4500 FCfa ». avoue-t-il. « Les porcs, ajoute-t-il, sont vendus à ce
prix par ce que nos clients les préfèrent aux truies que tout le monde n’a pas
le temps d’élever». Entassés, les bêtes se précipitent pour la meilleure place une
fois le repas servi dans une auge. Les porcins se contentent du lait maternel
pour survivre. Ces animaux, avec un tout petit groin, connaissent instinctivement
l’heure du repas, selon leur maître. Ils regagnent la porcherie au crépuscule,
après le premier appel du muezzin. Les enfants munis de bâtons, leur courent
derrière pour leur montrer la direction.
Tout le temps en
groupe, «ils mangent un peu de tout» dit Djiby sourire aux lèvres. Mais moi, « je
me rends au marché tous les mercredis pour leur provision de riz séché. Le sac de
50kg de ce riz séché est vendu à 3000 FCfa et chaque semaine, j’en prends 10,
ce qui me fait quand même une énorme dépense que je ne regrette pas, vu ce
qu’ils me rapportent». En outre, le pain est aussi très consommé par ces
animaux domestiques. « A la différence du sac de riz, celui du vieux pain
que les hommes rejettent, est mis à notre disposition à 1000Fcfa. Il m’arrive d’en
acheter 15 par semaine pour varier un peu leur nourriture ». Ce riz vient
d’ailleurs de la capitale et précisément de l’université de Dakar, où les
restes de nourriture sont recyclés pour être vendu après séchage, renseigne le
guide.
Dans ce
village où, il n’existe qu’un seul
cimetière, une seule église, une seule mosquée, musulmans et chrétiens
cohabitent dans la paix, l’entente et le plus grand respect. Et, chacun
consomme cette viande et cela n’entrave en rien, la pratique de la religion et
des croyances.
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