lundi 3 février 2014

Campus social de l’UCAD Un refuge pour étudiants.

Située dans l’enceinte de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, la cité universitaire accueille des milliers d’étudiants dans des conditions difficiles.

Le gardien du pavillon B est à peine visible. Il est tranquillement installé sur une chaise dans un petit coin sous les escaliers. On a l’impression qu’il est 8heures du matin et que tout le monde est pressé. Des groupes de filles et de garçons se faufilent à l’entrée. Personne ne cède le passage à son prochain. Après avoir franchi les premières marches de l’entrée principale, on est aussitôt, frappé par les va-et-vient incessants d’étudiants. Tout le temps plein de monde, « on croit qu’ils ne vont même pas faire cours, c’est toujours le même bruit. C’est comme un défilé en quelque sorte », souligne le vigile à l’entrée du pavillon. Ce défilé dont il parle est apparent. Habillés en jeans, en tenues traditionnelles, en mini jupes pour les filles et plus loin, ce qui saute aux yeux, c’est le nombre croissant de filles voilées. Dans les allées du premier au troisième étage, on peut voir des étudiants qui prient, d’autres qui discutent entre eux et certains au téléphone.
Les conditions de logement sont précaires à l’université : «Nous sommes huit dans notre chambre  N°88, la nuit deux matelas sont par terre sur lesquels dorment deux personnes ; de même que sur les lits», explique Birima N’diaye. Cet étudiant en 2ème année au Département d’anglais estime que «  c’est la règle » au campus. Les chambres les moins remplies ont quatre occupants, ajoute notre interlocuteur. «C’est un luxe ici » ironise-t-il. Au pavillon B de l’UCAD, actuellement occupé par des filles et garçons dans l’attente des codifications, les étudiants sont nombreux dans les chambres. Pourquoi un tel nombre dans la mesure où les chambres devraient normalement avoir deux pensionnaires ? Un des locataires de cette « petite famille» explique que c’est son frère qui l’a hébergé ici ainsi que deux de ses amis. L’autre « occupant légitime » de la chambre en a fait de même en recevant ses deux cousins.  «Ce qui fait qu’on s’est retrouvé à huit dans ce lieu si exigu», ajoute-t-il. A la chambre 85 du même pavillon, scénario identique. Ici, les pensionnaires, des filles, sont au nombre de dix. Cela est dû à l’esprit de solidarité de deux des occupantes qui ont voulu « sauver » deux de leurs camarades qui n’avaient pas où loger.
A l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, l’attribution des chambres est pilotée par les amicales. Cette pratique annuelle  se fait à la fin de l’année académique après que la liste des admis à la session de juin est remise aux autorités du Centre des Œuvres Universitaires de Dakar (COUD) par les facultés. A son tour, le COUD informe les structures de représentation des étudiants que constituent les amicales. Il revient à ces dernières de procéder à l’attribution des chambres aux ayants droit par ordre de mérite. « Dans ces opérations, le COUD ne joue que le rôle de superviseur », précise Momar Diop, responsable du service des cités.
Tout un flou qui a fini de convaincre les étudiants qu’au lieu de les servir, les délégués se servent eux même. Et les exemples à ce niveau ne manquent pas. «D’après ce que nous avions compris des listes affichées, il était prévu deux étudiants par lit. Mais finalement, nous nous sommes retrouvés six par chambre voir huit, donc trois par lit en plus des matelas au sol. Ce qui veut dire qu’ils ont condensé les gens dans le minimum de chambres pour conserver le reste », s’indigne Aissatou Dieng, étudiante en deuxième année de lettres. Madior Diouf quant à lui est formel. Ayant validé toutes ses unités de valeur en juin, cet étudiant en 2ème année de Géographie est fermement convaincu que c’est l’opacité du système qui a fait qu’il n’a pas eu de lit. Des accusations que les concernés rejettent énergiquement. Les délégués prétendent avoir fait de leur mieux pour respecter le droit de chacun : « Nous nous battons toujours pour avoir le maximum de lits, nous n’avons fait que suivre la liste établie par ordre de mérite » se défendent-ils. De nombreux étudiants corroborent la thèse du détournement. A chaque fois que les attributions de chambre commencent, plusieurs étudiants proposent de l’argent à ceux qui ont des logements à vendre. « Un étudiant cherche une chambre et propose 200 000 FCfa, peut-on lire sur les murs du campus, avec le contact de l’étudiant en appui. Ces demandes sont de l’avis de certains, des preuves évidentes que les délégués vendent les lits. Une affirmation que ceux-ci confirment eux-mêmes. « Je sais que cela existe. Mais je ne l’ai jamais fait », soutient l’un des délégués. Qui en est donc le responsable ? Si l’on en croit à certains pensionnaires du campus, il est même arrivé que des filles occupent pendant toute l’année des chambres dans des pavillons destinés aux garçons. Plus grave encore d’autres disent avoir vu des «non-étudiants» habiter au campus. «Il y’a du tout dans cette université. Même des ouvriers sont là» Lance Mouktar occupant de la chambre 44. Un peu méfiant au départ, son voisin Youssouf renchérit : « je partage la même chambre que des maçons. Et vous savez ces gens-là n’ont aucune idée des conditions qu’il faut pour apprendre». Dès qu’ils arrivent le soir, la chambre est envahie par la fumée des cigarettes et la musique sans compter la discussion autour du thé. Nous vivons d’énormes difficultés ici mais, peu de gens le comprennent».
Dans ce lot de difficultés, d’autres étudiants se font appelés malchanceux ou clandos. Lamine Sèye, habitant Pikine et ne bénéficiant pas d’un logement, se contente de la salle de télé du pavillon C, également transformé en dortoir, il est au lit sous une moustiquaire. Au milieu de chaises, tables, sacs et valises, il essaie de dormir malgré le volume élevé du téléviseur et la forte intensité de la lumière. Un décor auquel il commence à s’habituer de même qu’une dizaine d’étudiants, qui sont dans la même situation que lui. Inscrit au département d’Espagnol, Lamine faisait la navette entre Pikine et le campus. « S’il arrive que je me réveille à six heures, soit je prends le risque de m’embarquer dans un car rapide, soit je remonte jusqu’à Guédiewaye pour avoir le bus N°24 car à pareille heure, il arrive bondé à l’arrêt de Pikine». Les clandos, cette autre catégorie d’étudiants est constituée de ceux qui, à l’approche des examens fuient la canicule des chambres, mais la grande majorité est constituée de ceux qui ne bénéficient pas d’une chambre ou d’un lit. Ils quittent la plupart leur domicile pour s’installer à la cité universitaire à l’approche des examens. Au pavillon  A, où les couloirs sont larges, ils viennent exposer leurs problèmes à des camarades afin qu’ils leur gardent leurs affaires. Adossé au mur du couloir du pavillon N, un étudiant qui a hébergé deux clandos nous confie sous le sceau de l’anonymat que «c’est un devoir pour tous les pensionnaires d’être solidaires avec les autres».

Pendant ce temps, le campus social ne respire pas à plein poumons et les étudiants contraint de vivre dans ces conditions étouffent.

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